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Slackline connection

04/08/2016 Slackline connection

Tout droit débarquée des Etats Unis, la slackline émerge en France depuis maintenant deux ans et ne cesse de faire de nouveaux adeptes. Entre trampoline et funambulisme, ce sport d'équilibre, qui nécessite peu de matériel, peut se pratiquer partout, ce qui en fait une activité outdoor très “voyageurs friendly”. En France, environ 20 000 personnes ont une “slack” aujourd'hui et les associations de slackline comptent désormais plus de 5000 adhérents. Pour mieux comprendre les raisons de cet engouement, nous avons interviewé deux champions français de la discipline : Coralie Girault, championne de France et vice championne du monde, et Nicolas Margaron qui navigue sur sa ligne en battant des records de longueur. Embarquement immédiat dans la slackline connection !

© Chauffour Pierre Production

JUMPLINE AVEC CORALIE

Sport hybride qui emprunte au funambulisme et au trampoline, la slackline (pour "ligne lâche") se pratique surtout en extérieur et fait souffler sur l’Hexagone un vent de liberté. Plusieurs variantes existent selon les sensations recherchées. Pour les amateurs d'acrobaties, la jumpline (ou trickline) est une ligne tendue très fortement entre deux mâts ou deux arbres. Cette tension de près d’une tonne permet d'exploiter l'élasticité maximale de la sangle pour effectuer des sauts et figures statiques ou dynamiques. Cette version de la slackline, qui s'apparente par certains aspects au trampoline ou à la poutre, est la seule à faire l’objet de compétitions.

© Nicolas Vigneron Photography

Coralie Girault, ancienne gymnaste, pratique la jumpline depuis deux ans et elle s’impose aujourd’hui comme la championne de France de la discipline :

"Au début, j'avais une toute petite sangle et j'ai commencé à faire de la slackline dans un parc. Ce sont d'autres slackers qui m'ont motivée à m'y mettre. J'ai tout de suite été plus attirée par la slack qui rebondit. Je trouve ça plus drôle et je retrouve un peu les figures de gymnastique que je faisais. Quand on fait de la slackline, on rencontre beaucoup de gens dans le même univers, c'est une communauté vraiment sympa et du coup on accroche assez vite.

Depuis deux ans, il y a un vrai engouement pour ce sport, c'est pour cela qu'avec mon compagnon, Nicolas Margaron, on a décidé de monter un championnat qui se déroulera pour la première fois l'année prochaine. C'était vraiment à la demande des slackers qui voulaient un championnat français pour mesurer leur niveau. Il regroupe plusieurs étapes, avec un vrai classement comme dans les autres sports. Comme il n’existait pas de fédération, on l'a fait de manière indépendante. Il y aura plusieurs étapes au sein des festivals de sport outdoor qui organisent des compétitions de slackline comme les Natural Games à Millau, l'Outdoormix festival à Embrun, ou le Winter Festislack. Ce sont des compétitions indépendantes, que l'on regroupe via ce championnat.

Les compétitions ne se font qu'avec la jumpline. On fait des figures à la manière d'un battle freestyle en un contre un et on s'élimine au fur et à mesure. On fait ce que l'on veut, on mixe entre des figures statiques et dynamiques, un peu comme des battles de danse. On improvise en fonction de l'adversaire que l'on a en face de nous. Le but c'est d’enchaîner les figures les plus dures. Ca reste un sport assez freestyle pour le moment, moins carré que la gymnastique même si on s'en rapproche de plus en plus. Les dernières compétitions auxquelles j'ai participé c'était les World Slackline Master à Munich, où je suis arrivée deuxième.

© Nicolas Vigneron Photography

La slackline est un sport accessible à tous, même si on n'a pas d'équilibre, que l’on n’est pas souple et que l'on n'a jamais fait de sport avant. C'est vraiment la persévérance et la patience qui vont permettre d'y arriver. J'ai des amis qui viennent d'un peu tous les sports, d'autres qui n'en font pas du tout ou sortent de blessures et finalement ils ont tous réussi à en faire, car ils ont été attirés par ce sport et ont persévéré. Les enfants peuvent commencer dès 3/4 ans, en s’essayant à marcher sur la sangle tout en étant évidemment bien encadrés. Ils ont un très bon équilibre ! Généralement, on met la ligne entre 50 cm du sol et 2 mètres et, pour la jumpline, on ne s'attache pas pour réaliser les figures. Pour éviter de se blesser, on peut mettre des matelas au sol. On peut aussi mettre la ligne en hauteur, mais il faut s'attacher alors avec un baudrier ou mettre un filet. La sécurité prime sur le reste.

© Nicolas Vigneron Photography

Mon plus beau souvenir en slackline, c'était à Munich quand j'ai gagné la demi finale et qu'il y avait les Français avec moi. J’adore aussi faire de la slackline sur la plage… Le pire souvenir, c'est à chaque fois que je me blesse et que je sais que je vais devoir m'arrêter pendant plusieurs semaines. La slackline c'est vraiment super, dessus je me sens un peu comme une enfant, j'ai le droit de jouer ! Je retrouve aussi les sensations que j'avais en faisant de la gym. C'est vraiment amusant. Et on est tout le temps en train d'essayer de nouvelles figures donc quand on y arrive c'est gratifiant. Les figures qui sont vraiment difficiles, je les essaie d'abord au trampoline puis j'essaie de les passer sur la ligne pour avoir déjà la rotation et n'avoir plus qu'à m'occuper de la ligne en elle-même. C'est un sport qui plaît aussi à ceux qui pratique des sports de freestyle comme le BMX, le skate ou le ski freestyle. Tous ces sports où il y a des figures et des rotations. Ceux qui ont vraiment un bon niveau font aussi de la préparation physique en salle de fitness. La slackine est une activité sportive qui sollicite tous les muscles. Au-delà des bénéfices physiques comme la tonicité, le gainage et la souplesse, la slackline développe la concentration, l'équilibre et la rigueur. J'avais de gros problèmes aux chevilles avant de commencer la slackline et maintenant je n'en ai plus du tout…

HIGHLINE AVEC NICOLAS

Si la slackline se pratique en version acrobatique, un autre type de ligne, de 2,5 cm de largeur, permet de s'offrir des traversées de plusieurs centaines de mètres, par exemple entre deux montagnes ou au-dessus de l'eau. Cette version de la slackline a pour nom longline ou highline.

© Chauffour Pierre Production

Nicolas Margaron, “slacker” depuis 4 ans, pratique la highline, à la recherche de spots magiques :

"Pendant un apéro avec des amis dans un parc, j'ai essayé la slackline et j’ai tout de suite accorché. Tout le monde peut en faire, sportif comme non sportif, et on peut commencer assez tôt. La slackline s'adapte à toutes les hauteurs et toutes les longueurs donc à tous les niveaux. D'ailleurs on commence normalement par une sangle entre deux arbres avant de faire de la jumpline comme Coralie, et on est obligé d’en faire pour s'améliorer en jump et travailler son équilibre.

© Nicolas Margaron

On peut pratiquer la slackline sous quasiment toutes les conditions météo, sauf en cas d’orage : la foudre peut frapper la ligne. Mais qu'il pleuve ou qu'il neige, on pratique ! Il faut juste faire attention au matériel qu'on utilise, mais on peut le faire en sécurité quelles que soient les conditions. La highline est moins traumatisante au niveau des chocs que la jumpline, et on est retenu par une corde. Pour pratiquer la slackline en montagne, il faut quand même avoir un peu d'expérience. C'est pour cela qu'avec l'association Ekylibrelyon dont je suis vice président, on fait des journées d'initiation dans les salles d'escalade ou sur des spots en extérieur pour apprendre aux gens à manipuler le matériel en sécurité afin qu'ils soient autonomes.

Une mesure de sécurité indispensable : connaître son matériel ! À Lyon, on a mis en place une charte relative au matériel et à la sécurité, on la retrouve sur chaque matériel acheté dans les magasins lyonnais. C'est la base. Il faut aussi être responsable concernant les lieux où l'on pratique la slackline. Par exemple : on peut aller au Parc de la Tête d'Or mais en été, avec la fréquentation importante, ça devient dangereux donc il faut éviter ce genre d'endroits quand il y a trop de monde. Sur le site de l'association, on répertorie les meilleurs spots.

© Nicolas Margaron

La difficulté de ce sport est surtout mentale. La technique, on l'a avant de se lancer sur la ligne. On s'entraîne des dizaines de fois au sol donc quand on part, on a les bons gestes et la technique. En hauteur, la difficulté devient mentale car les repères ne sont plus les mêmes. On ne va plus chercher des repères visuels mais on va se servir de la proprioception (sensation de son propre corps) pour mieux se repérer dans l'espace.  Le vertige ? On l'a et l'aura toujours, mais c'est quelque chose qu'on apprend à contrôler. Le plus souvent, en hauteur, on a le vertige en allant à la ligne et en sortant de la ligne. Mais une fois qu'on est dessus on sait qu'on sait marcher, qu'on est en sécurité et ça devient autre chose.

Les pionniers de la highline, ce sont le Français Nathan Paulin et le Tchèque Danny Menšík qui ont battu l'ancien record du monde à 595 m : on est partis dans le sud de la France, à Aiglun en région PACA. On a monté une sangle de 1km20 et Nathan l'a passé au premier essai, Danny au 3ème.

Le but maintenant, c'est plutôt de partir sur de beaux projets, monter une sangle dans les plus beaux paysages de France et du monde. Il y a des événements incontournables dans ce sport. En France, ce sont les Natural Game dans les Gorges de la Jonte dans le Tarn. C'est l'un des plus beaux spots en France. On a aussi pas mal de spots cachés en France pour la waterline, avec des cascades où l'eau tombe sur les lignes. On a une diversité de spots assez incroyable si l’on compare avec d’autres pays. On est enviés pour ça, on le voit lors des festivals en France : il y a au moins la moitié d'étrangers, qui viennent pour les spots. Aux Etats-Unis, le Yosemite est un endroit mythique où la première highline a été posée. Dans l'Utah la région de Moab est un spot fameux, où beaucoup de vidéos ont été tournées.

Les Gorges de la Jonte © Gareth Kirkland/Shutterstock.com

En plus des records de longueur, on peut mettre la sangle en hauteur. Le plus haut que j'ai fait c'était le MHP, vers Grenoble dans le Vercors. Il y a des lignes qui sont à plus de 300 mètres du sol ! On fait ça de manière sécurisée, comme à chaque fois. Même les recordmen pratiquent en sécurité. Nathan Paulin, qui est le meilleur au niveau mondial, n'a par exemple jamais traversé sans sécurité. Bien sûr qu'il y a des gens qui vont en faire quinze fois et qui vont essayer sans filet mais ce n'est pas l'idée de notre sport.

Le Moab © Chris Curtis/Shutterstock.com

Parmi les plus beaux endroits pour faire de la highline, il y a la République Tchèque et surtout Cabo de Roca au Portugal (la pointe la plus à l'ouest du Portugal), c'est mon plus beau souvenir : une ligne que je n'aurais jamais pensé passer et finalement ça a été super. Mon pire souvenir c’est aussi à Cabo de Roca : je me suis fait emporter par la sangle alors qu'on était en train d'installer, je n'étais plus sécurisé à ce moment-là et j'ai failli tomber dans le vide…”

Retrouvez toutes les étapes du championnat de France de trickline dès septembre, et toutes les infos sur ce championnat sur le site tricklinefrance.

 

Un grand merci à Coralie Girault et Nicolas Margaron pour cette interview, et à Pierre Chauffour pour ses photos !

Pour suivre leur actualité sur Facebook :

La page Facebook de Coralie Girault https://www.facebook.com/girococo/ 

La page Facebook de Nicolas Margaron https://www.facebook.com/margaron?fref=ts

La page Facebook de Chauffour Pierre Production https://www.facebook.com/chauffourpierreproductions/home

Nicolas Vigneron Photography www.nicolasvigneronphoto.com

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